J’avance dans les ruelles du souk de Tephu. Les bruits me sont familiers. Cris des marchands, claquements des étoffes, odeur de l’Aïsh Baladi, le pain d’Osirion. Mes nouveaux compagnons me suivent, ils sont encore un peu distants, mais notre voyage va changer cela.
Nous devons passer par la vieille ville pour arriver aux quais.
Je discute avec Sinoubé ; elle m’explique qu’elle a déchiffré des parchemins et appris que l’architecte Chisisek a conçu et construit la pyramide d'Hakotep. Une fois son œuvre achevée, Chisisek fut assassiné et enterré dans un tombeau secret afin de préserver les secrets de la pyramide. C’est donc ce tombeau que nous devons trouver.
Et la seule indication est cette phrase : «
De l’autre côté de deux ponts, là où les sphinx contemplent la crosse, le scarabée et le soleil. »
Je connais cet endroit et je dois guider ces aventuriers pour empêcher que le mal ne se répande en Osirion.
Nous devons nous diriger entre les rivières du Croc et du Scarabée, vers les montagnes des Piliers du Soleil. Nous devrions arriver dans une région désertique appelée les Dunes Arides. Là-bas, nous chercherons le tombeau.Je déplie une carte ancienne. Mes compagnons se placent autour de moi.
Voici Tephu, j'entoure la ville avec mon doigt.Et voici les Dunes Arides. Je fais une croix avec mon index.
Je réponds à quelques questions puis nous reprenons notre chemin.
Les odeurs du souk laissent place à celle du papyrus humide. Les maisons s’espacent et nous permettent de voir le fleuve.
Ici, l’eau est la source de la vie.

Nous arrivons aux quais. L’air se charge de cette senteur si particulière, un mélange d’épices, de poissons, de roseaux, de poussière et d’eau.
Oui, l’eau a une odeur ici.
La pierre des rues se termine par des planches de bois montées sur pilotis. Des marins et des marchands chargent felouques et barques.
Je repère rapidement celles qui remontent le Croc. Elles ne sont pas nombreuses : la plupart préfèrent descendre vers Sothis plutôt que s’enfoncer vers le désert.
Mes amis, voici le chemin le plus rapide pour se rendre aux Dunes arides.Je montre le fleuve et une felouque en particulier.
Nous devons remonter le Croc. C’est un voyage d'environ 200 kilomètres qui devrait nous prendre une douzaine de jours.À ma droite, un panier en osier tombe d’une pile… un murmure puis une ombre… les esprits sont là.
Venez, trouvons un capitaine !Je parle à mes amis, les vivants et les disparus.
Je m’avance vers un homme d’âge mûr qui supervise le chargement d’amphores. C'est un sang mêlé, mi-elfe, mi-nomade. Il est sec, la peau tannée. Il nous regarde avec les yeux bienveillants du marchand qui a compris que nous ne sommes pas là pour une promenade.
On veut remonter le Croc jusqu’au dernier embarcadère, dis je.
Douze jours, répond-il sans hésiter.
Douze jours si le vent tient. Quinze si on rame tout du long. Et c’est quinze pièces d’or par tête.Je secoue la tête.
On est cinq. Ça fait soixante-quinze pièces. C'est trop. Tu peux faire mieux.Il m’observe un instant, puis regarde nos armes, nos sacs, nos visages. C’est une affaire pour lui. Il sait aussi que personne ne prend ce trajet sans une bonne raison.
Soixante-dixMieux, dis-je avec le sourire.
Soixante, dit-il.
Pas moins. Et vous aidez à charger.Bien sûr. Je souris, avec les yeux cette fois. C’est un prix très honnête. On n’a pas le temps de chercher un autre bateau.
Je me tourne vers mes compagnons :
Douze pièces d’or par personne, c’est un bon prix.Je tends ma main au capitaine.
Affaire conclue. Avant d’embarquer, nous devons faire encore quelques achats… pouvons-nous partir dans une heure ?Le demi-elfe regarde le ciel, le soleil, la rivière.
Dans une heure, la felouque sera prête. Je me nomme Daruk.Oracle Kera ... je suis enchantée que les esprits m’ont permise de vous trouver, Capitaine Daruk.Les esprits ? dit-il en levant un sourcil
Oui capitaine, les esprits bienveillants qui guident nos pas.Il se radoucit.
Je regarde mes compagnons et leur dis :
Dans les Dunes Desséchées, on ne peut pas compter sur le fleuve. Il faut tout emporter.
— De l’eau, trois outres par personne, plus une réserve commune.
— La nourriture, des dattes, de l’aïsh de voyage, de la viande salée et du poisson séché. De quoi tenir quinze jours.
— Des couvertures épaisses pour les nuits glaciales.
— Des tissus du désert pour se protéger des tempêtes de sable.
— Cordes, piquets et toiles, afin de monter notre abri.
— Et enfin les chameaux, un pour le matériel et un par personne si on veut avancer vite.
Je repère un marchand local. Il nous propose des bêtes robustes, habituées au désert. Elles ont vécues mais elles tiendront. Je négocie le prix.
Le marchand est dur, mais je vois dans son regard qu’il est juste.
150 pièces d’or par chameau. Ça nous fait un total de 900.
Pendant que les autres chargent nos provisions, je discute avec le capitaine.
Les crocodiles ?Pas cette saison.Les bandits ?Parfois… Ils préfèrent les caravanes, mais un bateau isolé peut tenter les plus désespérés.Et le courant ?Si le vent tombe, on rame. Si une tempête de sable se lève, on s’arrête. Le fleuve décide.Le fleuve décide…Quand tout est chargé, le capitaine Daruk nous fait signe.
Nous sommes prêts.Je monte à bord. Le fleuve est calme. Douze jours sur l’eau avec le capitaine, puis dans le désert, les esprits anciens nous guideront.
Le bateau se détache du quai… notre voyage commence, le mien continue.
Je jette un dernier regard vers Tephu. Elle disparaît derrière un coude du fleuve. Devant nous, il n’y a que le Croc, des roseaux de papyrus et des dunes.